Alexandra

Je m’appelle Alexandra.

Je tiens à témoigner sur le site pour dire que l’on peut sortir d’une phobie sociale, même si cela paraît difficile, insurmontable parfois.

 

Depuis mon enfance, j’ai été renfermée, tout le monde disait de moi :« Elle est très timide ».

Ce n’était pas seulement une grande timidité, c’était bien plus que cela…

En fait j’ai toujours été incapable de supporter les regards posés sur moi.

Je ne pouvais pas prendre la parole, je détestais être le centre de l’attention, j’aurais voulu disparaître dans un trou de minuscule souris, m’évanouir totalement.

J’avais peur des autres, de leur regard, de leur jugement, de leur différence. J’enviais leur confiance en eux, leur facilité à parler, leur vie tellement plus aisée à vivre que la mienne.

Dès l’adolescence les choses se sont gâtées : des remarques de professeurs sur mon « manque de confiance », mon « mutisme obstiné »(!). L’étiquette d « autiste » écrite sur une lettre de médecin… et l’éloignement, l’isolement, de plus en plus.

Au lycée, je me suis retrouvée à fuir l’établissement, à ne pas aller en cours ou à me cacher derrière les portes coupe-feu pour ne pas voir les autres et surtout ne pas être vue.

Jeune adulte, étudiante, j’ai tout fait pour ne jamais présenter d’ exposés, j’ai vécu comme un calvaire le fait de devoir prendre le bus, de croiser des regards… J’en suis venue à baisser la tête, à avoir l’impression d’être en permanence crucifiée, à redouter de passer le moindre coup de téléphone, à prendre peur à l’idée de marcher dans la rue, à être angoissée si je devais traverser une place. A me taire, à me replier sur moi-même. A n’ avoir aucune estime de moi.

Handicapée dans ma vie personnelle, mais aussi forcément dans mon parcours professionnel.

Je n’ai jamais pu parler une langue étrangère. J’ai renoncé au métier de mes rêves, institutrice, en croyant que je n’étais pas capable physiquement et intellectuellement de réussir à décrocher le concours d’accès à cette profession. Que les autres étaient tellement meilleurs que moi.

J’ai dû lutter, énormément, pour réussir à obtenir finalement un concours de niveau supérieur car il fallait bien faire quelque chose… J’étais tétanisée à l’oral, perdant complètement mes moyens.

Dans ma vie professionnelle aussi cela a continué, m’amenant à fuir travailler à l’étranger , à faire des choix de formation en fonction du nombre d’oraux à passer.

En réalité, j’ai toujours cru que l’on se moquait de moi, que j’étais « débile », inintéressante, « nulle ». Je suis devenue de plus en plus en colère, de plus en plus renfermée, de plus en plus froide, de plus en plus dépressive. De plus en plus honteuse aussi.

 

Mais on peut sortir d’une telle situation. C’est ce dont je veux témoigner, pour donner espoir à ceux qui en sont là ou encore plus en difficulté que je ne l’ai été.

Ce métier que j’ai choisi, c’est un métier de parole, car je suis devenue professeur, oui, et j’ai encore dû lutter et souffrir car si les adultes m’effrayaient, les enfants m’ont blessée bien plus. Ils n’ont pas la retenue que les grands ont appris à avoir parfois, et peuvent être terribles.

J’ai souffert aussi à cause du comportement de mes collègues et de ma hiérarchie, car dans ma profession, avoir des problèmes de relations avec autrui, de communication, est encore plus une tare que dans d’autres métiers ! C’est un grand tabou. On n’en parle pas, ou alors à voix basse, pour se moquer de ceux qui sont en difficulté. On considère que ce n’est pas normal, que l’aisance est innée. On ne comprend pas. On n’aide pas…

Jusqu’à l’an dernier je suis restée renfermée sur mes problèmes, totalement incapable d’aller de l’avant, d’agir mais obligée pourtant à prendre la parole au quotidien et progressant quand même petit à petit, pas à pas.

Et puis, m’approchant dangereusement au bord du gouffre, forcée par la nécessité et le

désespoir, j’ai commencé à parler de mes problèmes. D’abord à des personnes peu proches de moi. Et le flot de paroles contenues depuis tant d’ années s’est déversé, dans tous les sens, emportant à la fois ma douleur et ma retenue, en partie ma honte, mes peurs, excessif sans doute mais salvateur.

Depuis, je me rends compte que les autres ne me considèrent pas comme je le croyais, que les autres peuvent m’aider, mais qu’il faut faire l’effort de dire ce qui ne va pas, car ils ne peuvent pas toujours tout deviner… Ils ne savent pas si on ne dit rien. Personne, pas même les médecins.

Les autres ne sont pas forcément hostiles comme on peut se l’imaginer. J’ai découvert que les relations humaines réservent parfois de belles surprises.

Je sais désormais que je peux arriver à lutter, et à me faire aider dans ce combat que j’ai démarré seule. J’accepte le soutien que j’ai toujours demandé en silence, en vain, et qu’il a fallu réclamer ouvertement.

J’aurai bientôt 47 ans.

J’ai emprunté seule un long parcours semé d’embûches pour gravir une montagne inaccessible en apparence, avec l’impression que je n’ arriverais jamais au sommet. Depuis que j’ai pu demander de l’aide, j’ai réussi à franchir en peu de temps des obstacles que je croyais insurmontables et avancer sur des mètres qu’il m’aurait fallu des années à parcourir si j’étais restée dans mon coin.

Ceux qui me soutiennent sont psychothérapeute et psychiatre, mais aussi des personnes de mon quotidien comme mes chefs, que je vois désormais comme des êtres aussi humains que moi. J’ai eu très peur d’aller trouver ces derniers, mais je ne regrette pas d’avoir fait cet effort car ils ne m’ont pas claqué la porte au nez. Ils ont pris conscience de ma douleur et de mon envie de m’en sortir. Ils sont présents.

Je ne peux pas dire que le chemin a été facile à trouver et le parcours aisé, mais je crois qu’il existe une route pour chacun et que lutter contre sa phobie sociale est accessible à tous.

Si vous consultez le site c’est que vous savez quel est votre problème. C’est énorme. Pendant longtemps je n’ai pas eu cette chance.

Vous savez aussi que vous n’êtes pas seul dans le même cas, que des solutions existent, que votre souffrance a un nom, que vous pouvez l’exprimer et que l’on peut la soulager, avec vous.

Courage ! Tout le monde peut y arriver. Je ne le croyais pas. J’en suis désormais persuadée.

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